(2015/ Lp-Cd:Kythibong,EgoTwister/ K7:Lespourricords)




Choukrane

Julie Redon, Thomas Rabillon, Gratuit

Série de vidéos réalisées par Julie Redon et Thomas Rabillon, inspirées "Là".

On avait envie de s'isoler et de se concentrer sur une petite surface de travail pour le clip; il y a dans le garage où on allait passer l'été un banc titre qui nous permettait de disposer des éléments à plat et de travailler avec les matériaux réunis.
La caméra est fixée à un dispositif plutôt destiné à la photographie et l'appareil filme à l'aplomb du plan de travail: une table en bois bien marquée.
On a réuni des images: il y a des visages, des motifs. Ça vient de choses qui traînent et de choses qui comptent.
Ce sont des photographies qu'on a prises, des pages de livres qu'on a photocopié, et un peu des pages arrachées à des ouvrages qu'on a trouvé.
Le point de départ c'était ces images imprimées qu'on avait rassemblé.
Il y a les images sur la table en bois, et ensuite il y a les mains qui les manipulent, les font pivoter, les plient, les ôtent, les déplacent.
Les déplacements, les recouvrements, les escamotages, les glissements font évoluer la surface des images et celle de la table.
Plus on travaillait avec les images, plus on devenait présents dans le film, plus on s'inscrivait dans le champ avec nos bras et nos mains.
Il y a quatre mains: deux grandes mains fines et deux petites mains courtaudes.
Il y a aussi d'autres éléments qui apparaissent: des pierres, des allumettes par exemple, d'autres matières, et d'autres gestes qui mettent ces éléments en mouvement.
En travaillant, on voyait que la simplicité du dispositif pouvait permettre aussi de l'invention et de la nuance en maîtrisant ce cadre restreint et cette économie dans les outils.
Si tu mets une image de montagne dans un livre, il y a une montagne dans le livre, c'est une façon débridée de concevoir les rapports d'échelle et de hiérarchie, c'est de cette façon qu'on a travaillé.
On a mis en place une certaine forme d'usage des éléments qu'on avait réunis et peu après on s'est intéressés à les déranger et les pourrir un peu en enfumant l'espace, en brûlant les objectifs de la caméra, en noircissant la table et en faisant fondre les bras du banc titre avec des feux circonscrits qu'on entretenait toute la journée.
A un moment, on a tout brûlé, pas par dédain ni par goût de la destruction, juste parce qu'on aimait bien l'odeur.
Les images fixes bougeaient encore, mais différemment: c'est quelque chose qui n'a pas de forme qui s'attachait à elle et les faisait bouger.
En fait ça n'arrête jamais et les images fixes ça n'existe pas.
On a travaillé lentement, ça prenait du temps, ça s'étendait et ça devenait plus intéressant si on pensait à une forme plus longue qu'à un temps limité à une plage de l'album; les images couchées prennent plus de temps que les images debout.
On s'est dit que ça pouvait durer le temps de l'album, pas vraiment un plan séquence mais une suite de séquences usant du même dispositif pour coïncider avec la durée de l'album.
Le champ fixe, le cadre restreint, l'échelle moindre, avec tout ça Thomas a dit que c'était comme de fabriquer un livre qui n'existe pas, une sorte de livre éclaté qui se donne à voir morcelé.
Le premier jour on a vu un éclair dans la campagne sans comprendre d'où il tombait, à part un arbre il n'y avait rien.